Rue d’Aubagne : où va-t-on aller ?

Marseille – Canebière

Marie et Fred, des habitants de la rue d'Aubagne

Marie et Fred, des habitants de la rue d’Aubagne, en attente d’un rendez-vous à la mairie, vendredi soir.

Fred est encore sous le choc du drame de la rue d’Aubagne. « J’ai entendu et ressenti un gros tremblement, j’ai cru que c’était le bruit des travaux qui avaient lieu dans une autre rue. Puis j’ai vu l’horreur.  Tout est allé très vite, les pompiers m’ont demandé de fuir . Tout s’est passé en quelques minutes ». Le jeune homme habitait pile face aux immeubles qui se sont effondrés il y a déjà une semaine. Il croisait régulièrement les habitants disparus. De sa fenêtre, c’est un paysage de désolation qu’on ne voit habituellement que dans des pays en guerre. Un trou béant. Il y a eu aussi le stress de ne pas savoir où était son père. « Il était sorti sans son téléphone et on ne pouvait pas le joindre. Pendant près d’une heure, on a pensé au pire ».

Vendredi soir, accompagné de sa soeur Marie qui l’héberge actuellement, il a accepté de me rencontrer. Rendez-vous était d’abord donné à son appartement pour récupérer quelques affaires. Puis finalement à la Mairie car Sabine Bernasconi, maire de secteur, avait accepté de les rencontrer. Pour parler de l’après.

Fred fait partie de ces quelques habitants qui depuis plusieurs mois avait prévenu la Ville de leurs inquiétudes sur les immeubles d’en face. Sans succès. Il avait interpellé à nouveau l’élue juste après l’effondrement. Quoiqu’il en soit, Fred voulait être informé de la suite. « Je ne pense pas pouvoir regagner ce logement. Il s’agit d’un duplex que je partage avec mes parents (qui ont économisé toute leur vie pour l’acquérir). Nous n’avons plus envie, même s’il est expertisé viable, on ne se sent pas d’y retourner après ce qui s’est passé sous nos yeux ».

Perte de repères…

Pour Marie, il n’est pas question que ses proches vivent dans un tel environnement. Le frère et la soeur veulent savoir quand seront lancées les expertises par la Ville. Ils sont déstabilisés car ils ont grandi rue d’Aubagne.  « Je ne vais pas pouvoir rester chez ma soeur très longtemps. Nous espérons être relogés ou dédommagés pour retrouver un appart non loin du centre-ville. On n’a pas envie de se retrouver dans des quartiers éloignés ». Comme l’explique le jeune homme, à Noailles,  « il n’y a pas que de l’insalubrité ou des gens pauvres, comme de nombreux médias aiment à le relayer. Il y a aussi des classes moyennes comme nous, et même des bobos parisiens. Des touristes qui viennent y séjourner. On aimait et on partageait tous ce quartier sans imaginer que cela prendrait de telles proportions malgré tout. On est tous concernés ».

C’est ce qui fait la force de Marseille, cette mixité en ville. Seulement voilà, tout le monde ne prend pas ses responsabilités et ce sont des centaines de familles, des vies stoppées net parce qu’on entend encore que ça coûte cher de rénover. Mais, ça ne coûte pas trop cher ce qui s’est produit ?

Fred et Marie espèrent savoir cette semaine quand débuteront les expertises. Car il faut bien avancer… Mais à ce jour, le coeur n’y est plus…

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La vue depuis leur fenêtre